Conférence : les frontières, malheur de l'Europe ?

Publié le par Boyer Serge

11 octobre 18H – DEBAT avec Michel FOUCHER (prof géo à l’ENS), Pierre MILZA (hist à IEP), Maurice SARTRE (Université de Tours), Henri LAURENS  et Laurent THEIS (société d’histoire du protestantisme)

 Les frontières sont-elles le malheur de l’Europe ?                                          

Remarquable. Profond.  *****

 

Europe idée/réalité ?

MS : l’idée de répartir les terres par continent, c’est une construction idéologique de mise en forme de la réalité ; d’où le rôle des détroits ; le + grand c’est l’Europe jusqu’au Don, puis il y a l’Asie qui s’achève au Nil et enfin la Libye du Nil aux colonnes d’Hercule. Hérodote contestait les noms ; ex : une princesse phénicienne pour nommer l’Europe ?

Conception de l’espace européen aux temps modernes ?

MF : au MA, on parle de chrétienté ; l’adjectif eur apparait chez PIE II dans le contexte de la lutte contre l’empire ottoman ; rappel : rôle clé des papes (Tordesillas). De Gaulle parle de l’Atlantique à l’Oural pour rassurer l’URSS (1963) en reproduisant les frontières du Vidal de Lablache. Pierre le Grand a pour souci la grandeur de son pays. Taditchev est un aménageur du territoire : la Mocovie n’est plus en Asie, donc en Europe. Mais il ne trace pas une frontière.

Limites de l’Eur avec l’empire turc ? 

HL :  par rapport à l’Orient, il y a une alternance d’avancée/recul qui a des conséquences sur les frontières des pays. Au début du 19è siècle, l’Orient commence à Trieste. Les Croates sont dans l’empire austro-hongrois, les Serbes dans l’empire ottoman. Au 18è 19è, la frontière avec l’Islam est la plus visible : cordon sanitaire , Marseille est le seul port autorisé à commercer avec l’Orient (pour la France). Il y a des nomansland dans les Balkans des 2 côtés. Ces sas ne disparaissent que vers 1840

Nouvel espace multipolaire au 19è avec mouvement des nationalités

PM : est-ce que la vision des Européens se modifie ? Sous les Lumières, un Européen, c’est qq’un qui parle français Frédéric II parle français, pour lui l’All c’est pour les palefreniers et les chevaux. L’Europe c’est donc une culture. Le Congrès de Vienne reste fondé sur 2 idées présentes avant la RF : 1 souveraineté des rois et leur convenance (chgt de frontières) et 2 équilibre entre les puissances d’où la faiblesse des guerres au 19è.

Fabrication des frontières ?

MS : Limes dans la Rome antique n’est pas la seule limite ; il y a des limites extérieures. Hadrien choisit d’évacuer les espaces gagnés par Trajan. Trait noir sans réalité ; le pouvoir de Rome est sans limites ; seule véritable avec les Parthes ; construction plusieurs murs (palissades en Germanie) ; ce ne sont pas des limites infranchissables ; le limes est un espace de régulation de population ; en Af du nord, il y a des portes dans le mur ; en réalité, les Romains contrôlent l’espace parfois éloigné du limes ; c’est plus une zone d’échanges.

Frontières variées, pour période moderne, quel type de frontière ?

MF : éthymologie = apparait 14ès, lieu par lequel l’ennemi va venir ; corps des géographes choisis pour construire ces place frontières ; le terme ne s’impose comme limite d’état qu’au 19è (SN obligatoire). Lien avec l’état qui matérialise la frontière et qui est un moyen de reconnaissance de la souveraineté des pays étrangers. Question stratégique au NE de la France complexe dans l’absence d’un support naturel (fleuves). Pour les Français, c’est donc une limite et une borne , qui enferme, alors que la limite ouvre sur l’autre espace.

Comment se fabrique plusieurs frontières au 19è ?

PM : pour le traité de Versailles, les experts autour de Vidal de Lablache, qui préparent le terrain (mission en Macédoine) ; décision par le Conseil des 4 en fonction des différents arguments ; Paul Mantou raconte cela, Orlando contestait le Haut-Adige où il sort « frontière que Dieu a donné à l’Italie ». Pour l’est entre Thiers et Bismarck en février 1871, débat sur le partage de la Lorraine, question de Metz et Belfort, finalement on garde cette dernière.

Façon dont les Européens ont façonné leur conception des frontières ?

HL : l’Europe se partage le monde et impose une vision territoriale avec des frontières coloniales . Tripartition selon un critère qui est de ne pas coloniser les chrétiens, d’où l’indépendance des Balkans (d’où la balkanisation qui débute en 1821, indépendance de la Grèce). En Afrique, plus simple, colonisation plus simple. Pour l’empire ottoman, on va l’aider à se moderniser. Le terme utilisé encore est celui des Francs, comme depuis les Croisades.

De quelle Europe parlons-nous ?

MF : pas de confusion, mais paresse intellectuelle d’assimilation des 2 termes. C’est aussi les institutions, le Conseil de l’Europe (qui a défini son périmètre institutionnel à la fin des années 90, pour Turquie, pays fondateur, Af nord non, Russie oui, pays du Caucase oui et Kazakstan= pas de volonté de se rapprocher). Donc continent ? UE ? institutions ? La question qui se pose est celle de l’UE. Vue d’ailleurs, l’UE incarne l’Europe.

Question des frontières européennes : malheur lié à cette confusion ? limites de l’UE doivent-elles coïncider avec l’Europe continent ?

MS : pour hostilité de l’intégration turque, argument géographique fallacieux ; réalité, multiples critères : auj on assiste à des confusions

HL : question des valeurs liés à l’humanisme, mais l’espace humaniste est réduit. Or la Turquie est culturellement balkanique, d’où la frustration turque. Second pb : lors du processus de Barcelone, la majorité des états de ce processus y sont rentrés.

50% des frontières sont postérieures à 1945.

PM : la multiplication des frontières complexifie , mais la frontière a fondé une culture formidable. Comment les Européens voient les frontières ? Quelle Europe sociale ?

Une Europe sans frontières ?

MF :  notion dépassée. On construit un processus où les fonctions de contrôle des frontières. En France, près des frontières la majorité ont dit non, alors que bcp travaillent en Allemagne ! Ce qui est une ressource est vécu comme une menace. Rétissence de l’état et des élus. Or, l’Europe est diversité. L’Europe a besoin de frontières pour s’ouvrir

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Publié dans Histoire

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