1ère ES : Complément de cours : la construction européenne

Publié le par Boyer Serge

A – LE PROJET EUROPEEN EMERGE AU DEBUT DE LA GUERRE FROIDE

 

1°. Idées et projets européens avant la Seconde Guerre mondiale.

a) origine du terme Europe :

- origine mythologique :

- étymologie : 

b) au Moyen-Age, l’expression Europe est peu utilisée. On parle plutôt de « Chrétienté latine » qui s’oppose alors à l’Orient orthodoxe, à l’empire ottoman (siège de Vienne en 1683 et à l’Islam. CHARLES QUINT 1500-1558 rêve d’unifier cette chrétienté. Mais il échoue faute de pouvoir administrer un empire trop étendu pour les moyens de communications de l’époque.

c) à partir de la Renaissance : la construction progressive d’états-nations autour des monarques (France, Angleterre et Espagne), l’Europe est d’abord une idée façonnée par des penseurs politiques. En 1464, le roi de Bohême GEORGES DE PODEBRADY est le premier à imaginer une ligue des princes chrétiens dont la puissance serait capable de repousser la menace ottomane (prise de Constantinople en 1453). Ensuite, THOMAS MOORE au 16e, SULLY et le juriste GROTIUS au 17e ou l’abbé DE SAINT-PIERRE et KANT au 18e élaborent des systèmes poltiques européens. Malgré ces projets, la montée des grandes puissances européennes (Fr, Esp et Angl) ne permet plus déjà d’élaborer un projet européen viable

d) le 19e est la fin de ce rêve européen : siècle des nationalismes et des 1ères guerres modernes (napoléoniennes vers 1800, guerre de Crimée vers 1860, guerre franco-allemande en 1870), le 19e est dominé par une Europe désunie dont les peuples se haïssent et s’entretuent. L’Europe domine et colonise le monde, mais il faut parler alors de la juxtaposition de 7 puissances qui s’allient et s’opposent :

- l’Angleterre et l’Autriche qui après de longues années de guerre imposent à la France le retour d’une monarchie en 1815,

- deux empires : l’empire ottoman et la Russie

-          enfin , deux états qui s’unifient plus tard vers 1860-1870, l’Italie et l’Allemagne.

Ces oppositions n’enpêchent pas Victor HUGO de rêver des « Etats-Unis d’Europe », mais ce n’est qu’un projet de plus sans aucune réalité.

e) 1914 et 1939 : le « suicide de l’Europe » : les 2 guerres mondiales ont pour principale zone de combat, l’Europe. Le bilan est catastrophique : PGM = 9 à 10 millions de morts dont 95 % sont Européens (All 2 M, Russie 1.7 M, Aut-H 1.5, France 1.4 M). SGM = 40 à 50 M de morts dont 20 M pour l’URSS et 6 M pour la Pologne. Les horreurs de la PGM font espérer une réaction positive. C’est le cas de l’homme politique français, Aristide BRIAND : ministre des affaires étrangères 15 fois de 1925 à 1932, défenseur de la SDN, prix Nobel de la paix en 1926 en raison de son ardent pacifisme, BRIAND élabore le pacte Briand-Kellog (ministre américain) en 1928 qui déclare la guerre hors la loi avec  comme base la réconciliation franco-allemande. L’arrivée au pouvoir d’HITLER en Allemagne ne permettra plus de tels élans…

 

2°. Le nouveau contexte de 1945 : une Europe détruite, divisée et soumise.

a) une Europe détruite : le niveau de production a baisse de deux tiers par rapport à 1939 : 70 000 villages détruits en Russie, des villes entières (Dresde) rasées en Allemagne…

b) des valeurs européennes remises en question : les horreurs de la guerre (bombardements, génocide juif,…) forment un choc moral énorme qui remet en question la civilisation européenne qualifiée par CAMUS de « barbarie » ; aussi seul le communisme symbolisé par STALINE  ressort grandi de la guerre.

c) une Europe divisée : double occupation militaire = à l’est de Berlin à la Yougoslavie, occupation soviétique et à l’ouest, occupation américaine ; entre les 2, se forme le « rideau de fer » dont parle CHURCHILL.Ainsi, de 1945 à 1989, l’Europe est divisée en deux : l’ouest libéral et pro-américain et l’est communiste et pro-soviétique.

d) une Europe dépendante : les pays européens manquent de tout ; en France, le ravitaillement imposé par PETAIN en pleine guerre se poursuit ; en Angleterre, on rationne la viande jusqu’en 1951. Conséquence : les EU lancent le plan MARSHALL en 1947 et l’URSS organise le CAEM en 1949.

 

3°. Les débuts d’une Europe fédérale : CECA (1951) et CED.

a) le rôle de plusieurs personnalités : Ayant observé les dégâts liés aux excès des nationalismes, les forces politiques dominantes (à l’exception des partis communistes) ainsi que les opinions publiques sont favorables à des projets pro-européens. Quelques personnalités comme Jean MONNET en France, Alcide de GASPERI en Italie ou Paul-Henri SPAAK vont lancer la construction européenne. La plupart de ces hommes politiques appartiennent à la démocratie chrétienne. La Guerre froide fournit le ferment d’union qui manquait jusqu’alors ; la menace communiste accélère le processus européen. Il revient à CHURCHILL de poser le problème européen lors de 2 discours en 1946 : celui de Fulton où il parle pour la 1ère fois de « rideau de fer » (en mars) et celui de Zurich où il propose la formation d’ « Etats-Unis d’Europe » (expression de V. HUGO) (en septembre). Il souhaite aussi l’aide américaine qui va venir l’année suivante. Mais cette fois la leçon de la PGM a été retenu et les EU subordonnent leur aide à une collaboration et à l’examen des besoins entre Européens.

b) en 1948-1949, 3 organismes sont mis en place après guerre :

- l’OECE : organisation européenne de coopération économique ; fondée en 1948, elle est la contrepartie de l’aide américaine. Son siège est à Paris. Durant 12 ans, elle permet la répartition du plan Marshall et ensuite relance le commerce intra-européen. Elle se transforme ensuite en OCDE en intégrant les autres grandes puissances capitalistes.

- l’OTAN : organisation du traité de l’Atlantique nord = alliance militaire entre les Européens de l’ouest et les EU. L’atlantisme se révèle lors du blocus de Berlin (1948-1949), où STALINE tente de récupérer Berlin.          Le pont aérien américain sauve l’ancienne capitale du Reich et forge la solidarité entre Allemands et Américains.

-          le Conseil de l’Europe :  fondé en 1949, installé à Strasbourg, sert de forum de réflexion (relation CEE et autres pays, droits de l’homme).

c) la CECA, 1er organisme européen fédéral : préalable indispensable à tout projet européen, le rapprochement franco-allemand est possible à partir de la création de la RFA (et de la RDA) après l’échec du blocus de Berlin.

L’initiative de Jean MONNET est un projet de communauté franco-allemande du charbon et de l’acier en avril 1950 qu’il propose au ministre des affaires étrangères, Robert SCHUMAN. La stratégie de MONNET est celle ces petits pas fondés sur l’amitié franco-allemande. L’axe historique de la construction européenne est là. La CECA est une institution fédérale : le projet SCHUMAN du 5 mai 1951 est celui d’une organisation à vocation supranationale. Après le refus britannique, 6 pays acceptent le projet : l’Allemagne, l’Italie, les 3 pays du Bénélux et bien sûr la France. Financé par un impôt de 1% de la valeur des produits sidérurgiques et miniers, la CECA est donc lancée en 1951 autour d’une Haute Autorité de 9 membres. Rapidement une union douanière est lancée, cependant la CECA ne permet pas de définir une politique énergétique commune.

d) l’échec de la CED :en juillet 1950, à la suite du déclenchement de la guerre de Corée, les EU souhaitent réarmer l’Allemagne. Le Français René PLEVEN  propose donc un projet inspiré de la CECA en cours de négociation. L’idée central est la création d’une armée européenne dans laquelle les pays verseraient des unités (3 ou 4 divisions). Un état-major européen collaborerait avec le commandement de l’OTAN. Ainsi, l’Allemagne serait intégrer à une défense européenne commune. Même si les Britanniques n’en veulent pas, les Six aboutissent au traité de Paris en mai 1952. De plus, la CED a montré la nécessité d’une certaine union politique. Ratifié dans 5 pays, le projet est rejeté le 30 août 1954 par les députés français (gouvernement MENDES-France). Même, Jean MONNET trouvait le projet prématuré ! PMF remplace alors la CED par l’UEO,  union de l’Europe occidentale (active aujourd’hui) tandis que l’armée allemande est intégrée dans l’OTAN.

B – LA  CONSTRUCTION DE LA PETITE EUROPE 1957-1989

 

1°. La création de la CEE (1957).

a) une nouvelle initiative de MONNET : celui-ci veut relancer la construction européenne alors en panne ; pour cela, il démissionne de la présidence de la Haute Autorité afin de précipiter une réunion des ministres des affaires étrangères pour lui trouver un successeur. La rencontre de Messine (1955) étudie aussi un rapport belgo-néerlandais (plan BEYLEN) proposant une union douanière et la création de nouveaux secteurs économiques  communs. Après 18 mois de négociations, 2 traités sont signé à Rome en mars 1957 :

- traité instituant la CEE, communauté économique européenne dont le projet principal est la création d’un marché commun

- traité instituant la CEEA ou Euratom, communauté européenne de l’énergie atomique, afin de favoriser une coopération dans le domaine nucléaire.

b) le retour de DE GAULLE au pouvoir transforme la CEE : revenu au pouvoir en mai 1958 lors de la guerre d’Algérie, DG confirme les engagements de la France ;l’Europe est en effet la clef de voûte de la politique étrangère française car c’est selon DG une Europe forte qui va permettre à la France de maintenir son rang de puissance. Alger en 1959 (face à des généraux) : « Messieurs, il n’y a pas que l’Algérie, il y a l’Europe, il y a le monde ! ». Alors qu’il retire la France de l’OTAN, DG fonde sa politique sur l’axe franco-allemand avec la signature du traité de l’Elysée en 1963 (collaboration politico-militaire). L’action de DG va bloquer la construction européenne à 2 niveaux :

  1. DG lance des négociations pour obtenir une orientation institutionnelle vers une Europe confédérale (réunion trimestrielle des chefs d’états avec vote à l’unanimité. Les négociations échouent face au refus de ce projet par les autres pays de la CEE. Au bout de 3 ans, DG décide de boycotter les instances de la CECA (politique dite de la chaise vide) ; bloquant le fonctionnement de la CEE, le compromis de Luxembourg (1966) prévoit que les décisions importantes soient décidés à l’unanimité et non à la majorité comme prévu par le traité de Rome. Ainsi, l’évolution de la CEE vers la supranationalité et le fédéralisme est suspendue… et ce jusqu’en 1985.
  2. 2ème blocage, DG émet un double veto (1961 et 1967) à la candidature de la GB. L’article 237 du traité de Rome inique que « tout état européen peut devenir membre de la CEE ». Les dirigeants européens pensaient que l’élargissement serait rapide. Il n’en fut rien ! En ce qui concerne la GB, la baisse des relations avec le Commonwealth pousse le patronat anglais à demander l’adhésion (avec l’Irlande, le Danemark et la Norvège).

c) bilan de 10 ans de CEE : en 1969, lors du départ de la présidence française du général de DG, le bilan de la CEE est très positif : croissance deux fois plus forte que la GB, modernisation économique grâce à la création du Marché commun, modernisation de l’agriculture avec la PAC, politique agricole commune.
L’arrivée au pouvoir de Georges POMPIDOU va débloquer la situation et relancer la construction européenne.

 

2°. Approfondissement et élargissement de la CEE.

a) le premier élargissement (1972) : entrée de la GB, de l’Irlande et du Danemark mais pas de la Norvège (refus des Norvégiens lors d’un référendum) : c’est l’Europe des 9.

b) la crise des années 1970 provoque de nouveaux problèmes :  demande britannique de compensations financières (THATCHER en 1979 « I want my money back » remet en cause le principe de solidarité financière entre les pays membres,  premiers excédents agricoles, forte inflation…

c) la restauration de l’entente franco-allemande : le couple GISCARD D’ESTAING-SHMIDT décide la réunion régulière d’un conseil européen composé des chefs d’états (3 fois par an). Le problème monétaire devient prioritaire : création du SME , système monétaire européen en 1979 transpose les principes de Bretton-Woods à l’échelle européenne : système de changes fixes entre les monnaies, mécanisme de solidarité pour les monnaies en difficultés et définition d’une unité de compte européenne, l’ECU. Panier monétaire lié au poids du PIB de chaque pays, l’ECU est une nouvelle avancée vers l’Europe supranationale.

d) de nouveaux élargissements : Grèce en 1981, puis Espagne et Portugal en 1986. Dans ces 3 pays , il faut attendre la mise en place d’une démocratie pour que l’entrée dans la CEE soit possible. L’entrée de ces pays méditerranéens plus pauvres va orienter une nouvelle politique, celle d’une aide financière vers les régions les plus défavorisées.

 

C – VERS LA GRANDE EUROPE DEPUIS 1989 ?

 

1°. Une étape interne décisive : l’Acte unique européen en 1985.

a) en 1984, le parlement européen prend l’initiative de présenter un projet de traité (projet SPINELLI) qui vise à renforcer le pouvoir du parlement. Mis en veille pendant 10 ans, ce projet oblige cependant à débattre du déficit démocratique de la CEE. De même, le débat entre fédéralistes et con-fédéralistes est relancé. Pour éviter une nouvelle crise, , les pays membres se mettent d’accord sur une série de mesures urgentes synthétisés dans un traité…

b) l’Acte unique européen (3 décembre 1985) : il s’agit de dispositions concernant la politique extérieure et des modifications du traité de Rome en vue d’instaurer un marché unique, c’est-à-dire un espace sans frontières intérieures. Pour cela, les pouvoirs de la Commission de Bruxelles et du parlement de Strasbourg sont étendus. Ce marché unique ouvre la perspective d’une Europe à plusieurs vitesses (en contradiction avec les traités précédents) dans la mesure où l’harmonisation des législations touche des domaines sensibles de la souveraineté nationale : fiscalité, législation bancaire, reconnaissance des diplômes, lois sociales, droit d’asile…

 

2°. Un événement externe aussi décisif : la chute du mer de Berlin en 1989

La chute du mur de Berlin, puis la disparition de l’URSS en 1991 représentent certainement la fin du 20ème siècle, marquée par 2 guerres totales, mais aussi l’opposition de 2 modèles dans le cadre de la Guerre froide : le modèle communiste soviétique, et le modèle libéral américain  Celui-ci en sort vainqueur. L’ancien ministre des affaires étrangères, Hubert VEDRINE, a évoqué l’idée d’ « hyperpuissance » des Etats-Unis.

Quoi qu’il en soit, la fin de la Guerre froide permet de relancer la construction européenne qui restait limitée à l’Europe occidentale : l’élargissement à l’Europe centrale en 1995 (Autriche), puis orientale est donc permise. VOIR CORRIGE DE DEVOIR SUR L’ELARGISSEMENT. Ceci n’empêche pas la poursuite de l’approfondissement qui concerne l’économie et la politique avec :

a)      une nouvelle étape dans l’approfondissement : la monnaie unique : étape essentielle de l’acte unique la création de l’euro le 1er janvier 1999 et sa mise en circulation en 2002. Décidé par le traité de Maastricht en 1993, l’Union économique et monétaire (UEM) s’accompagne aussi d’une politiqué étrangère et de sécurité commune (PESC).

b)       encore aujourd’hui à l’état d’embryon, la PESC a été visible à travers le couple CHIRAC-SCHRODER, front uni du refus de l’intervention américaine en Irak. Elle est aussi visible à travers les fusions et restructurations des FMN militaires européennes qui se regroupent pour faire face à la concurrence américaine. La création de pôles économiques militaires puissants au niveau européen aura des conséquences politiques… mais dans 10 ou 20 ans !

Cet événement permet l'intégration de nombreux pays d'Europe de l'Est (10 en 2004 et 2 en 2007). L'UE est composée maintenant de 27 pays.

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Publié dans Histoire

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